05.03.2008

L'Exclusion

Le terme d’exclusion est d’origine étymologique latine : Excludere, de Ex (hors) et Claudere (fermer).

Selon le sociologue Maani , l’exclusion est le contraire de l’intégration, notion fondatrice en sociologie. La thématique de l’intégration, qui apparaît avec Weber et Durkheim, fait partie du premier débat amorcé au XIXème siècle, suite à la Révolution Industrielle et à la Révolution démocratique et politique. De nouveaux phénomènes apparaissent avec la naissance de nouvelles classes sociales (délinquance, prostitution, alcoolisme), phénomènes qui suscitent alors de nouvelles interrogations, notamment en terme d’anomie (absence de règles). L’ordre traditionnel est alors bouleversé sans qu’il y ait apparition d’un modèle alternatif.

Pour Durkheim, l’intégration est le processus qui participe à la vie sociale.Cette participation s’opère grâce à l’intégration des individus dans plusieurs instances (famille, Eglise, groupes professionnels) qui prédisposent l’individu à vivre en société. L’intégration est donc le résultat de la socialisation.

Dans les années 60, l’exclusion renvoie à la pauvreté bien que Lenoir, en 1974 (Les exclus) ait montré qu’elle n’était pas spécifique aux pauvres Elle concernait des personnes âgées, isolées ou dépendantes, handicapés physiques ou mentaux, mais pas des personnes privées d’emploi.
Au cours des années 80, ce terme est remplacé par celui de nouvelle pauvreté. C’est au cours des années 90 que la notion revient en force. Cependant « l’exclusion n’a pas de définition unique puisqu’elle recouvre une multitude de facettes » .

Donzelot et Roman ont également souligné l’évolution de ce terme. Selon eux, le thème d’exclu « a servi dans les années 1970, pour désigner les oubliés de la croissance alors qu’à partir des années 80, il va désigner non plus une omission involontaire mais une solution délibérée » , époque à laquelle commence une série de politiques en faveur de cette question sociale, notamment avec la création de missions locales d’insertion pour les jeunes, d’opérations de développement social des quartiers, l’action des banlieues en 1989 ou encore le lancement des conseils communaux de prévention de la délinquance ; puis à la fin des années 80, avec la création du revenu minimum d’insertion .

En 1994, le Rapport sur la grande pauvreté(dit « rapport Chasseriaud ») évaluait à 1,4 millions le nombre de personnes en situation de grande difficulté sociale. A l’époque, la France compte 150 000 bénéficiaires du RMI, 250 000 personnes en Contrats Emplois Solidarité, 120 000 personnes en formation, 250 000 SDF, 40 000 jeunes en dehors de tout dispositif d’insertion, 30 000 prisonniers et 30 000 patients en psychiatrie. En 2000, 5 millions de personnes ont été estimées en précarité professionnelle et 7 millions en situation sociale fragile. En outre, 12 millions de personnes sont qualifiées de « dépendants sociaux minimes » ou perçoivent les aides minimales garanties par la loi en fonction de leur état (minimum vieillesse, minimum invalidité, allocation de parent isolé, allocation spécifique de solidarité, RMI, allocation d’adulte handicapé, allocation d’insertion et allocation d’assurance-veuvage). C’est pourquoi, la loi de lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998 met volontairement ce terme au pluriel face à la complexité et à la diversité des facteurs d’exclusion. En effet, « l’exclusion moderne présente deux caractéristiques nouvelles : c’est un phénomène à la fois économique et relationnel, et il sanctionne des parcours sociaux très ordinaires, exempts de tout accident ou handicap particulier »

Pour Maani, et nombreux autres auteurs, l’exclusion « est un processus dynamique qui consiste en un ensemble de ruptures qui affectent aussi bien les aspects matériels de la vie que symboliques et sociaux. Il souligne qu’il existe différentes formes d’exclusion : exclusion économique (par rapport au mode de consommation ou au monde du travail), exclusion sociale, exclusion culturelle (échec scolaire, illettrisme, plus discriminant dans une société de communication) ou encore l’exclusion institutionnelle (détenus) ou légale (les sans papiers). Les causes de l’exclusion résultent essentiellement de deux phénomènes structurels majeurs :
- les transformations structurelles dans le monde du travail(régression du modèle tayloriste qui consommait la main d’œuvre non qualifiée alors qu’aujourd’hui règne la sélectivité accrue et la multiplication des emplois atypiques),
- la transformation des liens sociaux (déstabilisation familiale).
»

De nombreux ouvrages ont été consacrés à cette notion d’exclusion. De Foucauld et Piveteau , par exemple, définissent l’exclusion comme « le fait d’être empêché de participer, ne fut-ce que temporairement, à l’échange social et à la construction de la société » . Ils soulignent que « cependant, il y a entre l’exclusion et son opposé, qu’on pourrait appeler l’ « inclusion », toute une série de positions intermédiaires et étagées, de situations de précarité et de fragilité, comme des chômages successifs de courte durée, qui font que les frontières entre ces différents états sont poreuses et mobiles et les passages s’effectuent dans les deux sens » .

Selon Béatrice Majnoni d’Intiagnano, l’exclusion est « un concept dynamique qui se réfère à l’incapacité d’échapper à la pauvreté : les exclus tombant dans le « piège de la pauvreté » d’où ils ne peuvent sortir ; ce qui les condamne à vivre de l’assistance » . Selon cet auteur, l’exclusion peut être d’origine sociale ou économique.
Ou encore, pour Martine Xiberras, « l’exclusion peut être physique (racisme), géographique (ghetto), matérielle (pauvreté) et symbolique » . L’exclu est « celui qui est rejeté hors de nos espaces, de nos marchés matériels et/ou symboliques, hors de nos valeurs » . Elle a souligné le fait que « l’exclusion et l’insertion sont des concepts à valeur relative qui dépendent de l’espace auquel ils font une référence implicite : les insérer où ? Exclu de quoi ? ». Ainsi, selon elle, « les formes les plus visibles ou les plus choquantes du processus d’exclusion résident dans le rejet hors des représentations normalisatrices de la société moderne avancée » .

Les théories sur l’exclusion sont nombreuses et selon Cédric Frétigné, « il existe actuellement une inflation des usages et une multiplicité des acceptations en ce qui concerne la notion d’exclusion » . « On parle d’exclusion sociale, culturelle, économique, raciale, médicale, scolaire, symbolique, politique ou encore juridique » . Ainsi, selon lui, l’exclusion « est un terme trop souvent fourre-tout ».

Cependant, selon Alban Goguel d’Allondans, on peut distinguer trois approches « complémentaires », car « il s’agit d’un processus qui ne peut s’appréhender que dans une seule dimension économique, mais qui concerne également la sphère relationnelle et la sphère identitaire. Il menace de plus en plus de catégories de populations, jusque là socialement intégrées.
1) la disqualification sociale (S. Paugam) s’intéresse aux assistés. Initialement limitée au vécu de la relation que ces individus entretiennent avec les intervenants sociaux, elle a élargi son champ à l’analyse de leur mode d’insertion dans la société. Cette notion cherche surtout à décrire et catégoriser ces populations, d’abord à partir de données à la fois objectives et subjectives, puis à partir d’indicateurs de participation à la vie économique et sociale.
2) La désinsertion sociale se centre sur une population de plus en plus nombreuse, celle qui vit l’épreuve du déplacement social. Il faut repérer le facteur déclencheur du processus. Cette approche privilégie l’analyse des trajectoires et met ainsi l’accent sur le caractère interactionnel du processus, sur sa dimension temporelle, et sur les différentes phases qui ponctuent son déroulement.2134200704.JPG
3) La désaffiliation (Robert Castel) cherche à élaborer un modèle explicatif global, qui situe ce processus à la fois dans le temps long de l’histoire de l’évolution de la société contemporaine et le temps court des catégories individuelles, afin de repérer quels sont les facteurs contemporains de l’exclusion. (approche socio-historique). La désaffiliation, concrétise la dissolution du lien social » .

Nous pouvons ici souligner que l’approche politique et culturelle fait de l’exclusion « l’expression d’une crise générale des institutions d’intégration, l’Etat, l’Eglise, les syndicats, l’Ecole, l’armée… » . Par conséquent, selon cette approche, l’exclusion est la conséquence d’une crise générale du lien social. Quant à l’approche socio-économique, elle fait de l’exclusion « essentiellement la conséquence de la crise de l’emploi » .

Le problème qui se pose face à ces différentes définitions est la réponse qui s’y rattache car « comme toujours en démocratie, la réponse ne vient pas d’une seule instance mais d’un très grand nombre » . Il est donc nécessaire de donner une définition et une acceptation générale de ce terme pour pouvoir apporter les réponses efficaces. Ainsi, selon Agnés Villechaise-Dupont, malgré ces différentes conceptualisations du terme, « l’idée d’exclusion permet [tout de même] de dépasser une vision en termes de hiérarchie et d’inégalités sociales qui est devenue impropre à décrire de nouveaux phénomènes de décrochage économique et de rupture sociale pour une frange toujours plus large de la population». Elle ajoute que « dans les faits, non seulement le terme d’exclusion ne permet guère de faire une distinction entre l’économique, le social et le culturel mais, parce que la force péremptoire de la notion évoque bel et bien l’idée d’une rupture totale, elle tend implicitement à légitimer l’amalgame entre les trois domaines : l’exclu économique, exclu du marché du travail et donc en partie du marché des biens de consommation, serait aussi un individu caractérisé par la fragilité de ses liens sociaux et la faiblesse de sa participation sociale en générale, voir un marginal, défini par son éloignement de la culture et des valeurs d’une « middle class » supposée actualiser toutes les dimensions de la « normalité » ».

L’exclusion est un processus et qu’elle recouvre des réalités diverses mais dont l’unité réside dans l’idée d’une coupure avec le reste de la société. Il existe une diversité de situations d’exclusion (détenus, handicapés, émigrés, habitants de banlieues défavorisées, RMIstes, analphabètes …) qui nécessitent à leur tour une grande diversité de solutions.

Quelques sites Internet pour aller plus loin:
http://www.crdp-montpellier.fr/ressources/dda/exclusion/d...
http://webetab.ac-bordeaux.fr/Etablissement/SudMedoc/ses/...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Exclusion_sociale
http://www.lien-social.com/spip.php?rubrique2&id_grou...
http://www.vie-publique.fr/actualitevp/alaune/2004/breve_...

22.02.2008

Solidarité

Emile Durkheim, La science sociale et l'action, 1970, p. 109-110 (Cours de science sociale, Leçon d'ouverture, 1888)

" Il faut que notre société reprenne conscience de son unité organique; que l'individu sente cette masse sociale qui enveloppe et le pénètre, qu'il la sente toujours présente et agissante, et que ce sentiment règle toujours sa conduite; car ce n'est pas assez qu'il ne s'en inspire que de temps en temps dans des circonstances particulièrement critique. [...] Je crois que la sociologie est, plus que tout autre science, en état de restaurer ces idées. C'est elle qui fera comprendre à l'individu ce que c'est que la société, comme elle le complète et combien il est peu de chose réduit à ses seules forces. [...] Elle lui fera sentir qu'il n'y a aucune diminution à être solidaire d'autrui et à en dépendre, à ne pas s'appartenir tout entier à soi-même. sans doute ces idées couhes profondes de la population; mais pour cela, il faut d'abord que nous les élaborions scientifiquement à l'université."

Durkheim par ces quelques mots souhaite donner à la sociologie la mission de prévenir le risque de désagrégation et d'anomie que la société encours.

On peut également s'interroger aujourd'hui sur le rôle des politiques, qui selon moi, devrait être les garants de la solidarité de notre société. Chacun doit porter en lui cette solidarité et Durkheim explique, à juste titre, qu'il n'y a "aucune diminution à être soilidaire d'autrui et à en dépendre"! A l'heure où nous parelons de dépendance et de perte d'autonomie pour les plus vulnérables d'entre-nous, il est primordiale de ne pas oublier ces quelques lignes.

 

 

14.02.2008

Harcèlement et discrimination

Deux notions importantes reconnues aujourd'hui par le droit français. Il est imoprtant de les avoir à l'esprit pour faire respecter les droits de chacun contre la mise au placard par exemple!

Définition du Harcèlement Moral:

La dénomination du harcèlement moral est encore récente, puisque le législateur est intervenu en janvier 2002 en introduisant la notion de harcèlement moral dans le Code du travail, et sa répression dans le Code pénal (loi de Modernisation sociale). Il peut prendre des formes diverses, allant du refus de communication aux menaces, en passant par la "mise au placard", ou des conditions de travail dégradantes. Les conséquences pour les victimes sont des troubles psychosomatiques, voire des dépressions pouvant aller jusqu'au suicide.

Le harcèlement moral au travail a été défini comme un ensemble d'agissements répétés "qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel " (loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002). 

Définition de la Discrimination:

En droit du travail, la discrimination est le traitement inégal et défavorable appliqué à certaines personnes en raison notamment, de leur origine, de leur nom, de leur sexe, de leur apparence physique ou de leur appartenance à un mouvement philosophique, syndical ou politique.

La loi n° 2001-1066 du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations, dispose notamment qu'aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure discriminatoire pour avoir témoigné des agissements ci-dessus ou pour les avoir relatés.

Plus d'information:

Haute Autorité de Lutte contre les Discrimination et pour l’Egalité :
www.halde.fr
Coordonnées de la HALDE:
11 rue Saint-Georges - 75009 Paris
01.55.31.61.00

Ministère du travail : http://www.travail-solidarite.gouv.fr

Harcèlement morale : http://www.travail-solidarite.gouv.fr/information...

Protection contre la discrimination : http://www.travail.gouv.fr/informations-pratiques...

31.12.2007

Handicap: définition

Le terme handicap est récent. Il apparaît dans le vocabulaire médico-social en France dans la seconde moitié du XXe siècle. Cette terminologie apparaît en même temps que la naissance de la réadaptation, nouvelle forme de traitement social de l’infirmité. On constate le développement d’une médecine de réadaptation dont les objectifs se distinguent assez radicalement des objectifs traditionnels de guérison.

Il est important de noter deux grandes transitions qui ont marqué ce dernier siècle dans les pays occidentaux.

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      • La transition épidémiologique, qui avec l’amélioration des systèmes de soins de santés et l’apparition des antibiotiques voit la priorité des soins de santé passer des maladies infectieuses aiguës aux maladies chroniques (non transmissible).
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      • Le transition démographique qui combine une baisse de la mortalité et une augmentation de l’espérance de vie entraînant un vieillissement de la population.
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La santé publique va se donner progressivement pour objectif non plus seulement de lutter pour sauver la vie, mais aussi améliorer le bien-être et la qualité de cette vie.

C’est au début des années 70, que le contexte international laisse entrevoir une préoccupation croissante pour les questions de handicap et que s’amorce un tournant dans la façon de concevoir la mesure de l’état de santé des populations. L’adoption d’un système de classification est la conséquence de la transition épidémiologique et démographique. Ainsi, c’est à la fin du XIXe siècle que née la Classification Internationale des Maladies (CIM). Mais les orientations essentiellement étiologiques s’avèrent insuffisants pour rendre compte de l’état fonctionnel des individus.

L’OMS en charge de la CIM décide, suite aux travaux de Philip Wood, d’élaborer un manuel des conséquences des maladies. La Classification Internationale des Déficiences, Incapacités et Handicaps (CIDIH) est approuvée en 1975 par l’Assemblée Mondiale de la Santé et publié en 1980 par l’OMS. Traduction française en 1988 : Classification Internationale des Handicap (CIH).

Cette classification distingue trois niveaux qui correspondent à trois nomenclatures :

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      • celui des déficiences ou niveau de lésions
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      • celui des incapacités ou niveau fonctionnel
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      • celui du niveau social, du désavantage social.
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Le handicap est défini comme le désavantage social résultant des déficiences et incapacités présentées par une personne.

 Source: Santé et Société : le handicap comme nouvel enjeu de santé Jean-François Ravaux, Isabelle Ville. La santé, Cahier Fraçais n°324 santé et société p21-26

Depuis, la loi n°2005-102 du 11 février 2005Pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ", le handicap a évolué, avec une nouvelle définition. La notion de " handicap ", si elle suppose toujours une altération anatomique ou fonctionnelle quelle qu'en soit la cause, introduit dorénavant l'aspect psychique. De plus, il est important de noter que la définition s'est également attachée à la participation à la vie sociale des personnes handicapées et au rôle que l'environnement peut jouer dans l'aggravation ou l'atténuation de ces difficultés. Le droit à l'intégration pour toute personne en situation de handicap est de ce fait affirmé. Ainsi le nouvel article L114 du code de l’action sociale et des familles est formulé de la façon suivante : Constitue un handicap " toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ".